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Le blues est à l’honneur ces derniers temps,
après Fink et Sons of Dave, Venus se laisse séduire
par la mélancolie douce et prenante des accords binaires
pour exprimer ses troubles.
Quatrième album du groupe bruxellois, The
red room, enregistré sur bandes analogiques et coproduit
par Head (PJ Harvey, Massive Attack) rompt avec le parti acoustique
des deux premiers albums studios de Venus, Welcome to the
Modern Dance Hall, et Vertigone. Le premier titre Here and
now nous met au parfum : la guitare est saturée, lourde
comme sur un album de PJ Harvey et vient accompagner une voix
qui scande un désespoir à la manière
de Kurt Cobain sur la version acoustique d’About a girl.
Le groupe s’écarte du schéma refrain/couplet
pour s’accorder sur la force du thème psalmodié
et des montées hypnotiques. "Creuser, simplifier,
toujours simplifier pour ne garder que l’essentiel",
déclare Marc A. Huyghens, le chanteur-guitariste. Et
l’essentiel, à ses yeux, semble être l’émotion.
Vénus (déesse de l’Amour, et ce même
en Belgique) exprime par ses riffs troubles et sa voix rocailleuse
la fragilité, la vulnérabilité dans un
univers violent, naturellement hostile à l’harmonie,
et il n’est guère étonnant de retrouver
un monologue emprunté au film de Cassavetes Opening
night sur le titre Everybody wants to be loved. Le chant et
la mélodie du magnifique Love and loss rappellent les
balades oniriques de Jay Jay Johanson. On perçoit aussi
des bribes de Deus, des Beatles ou de Sixteen Horse Power
mais toujours fondues, finement incorporées. Soutenue
par un violon lancinant, une rythmique souvent résumée
à la sonorité d’un tome, des accords de
guitare en boucle suivis à la trace par la voix de
Marc A. Huyghens, The red room cherche dans la simplicité
mélodique à retranscrire l’intimité
d’une petite pièce dans laquelle on se réfugie
pour y épancher ses doutes, ses malheurs, ses colères.
Mais aussi comme dans un film de Cassavetes, l’espoir
d’une quiétude retrouvée.
Cédric Vigneault
Venus - The Red Room (Tôt
ou tard) |