| Ben Elton a l’habitude d’écrire
pour le cinéma et la télévision, et cela
se sent. Déjà auteur de Devine qui vient mourir
ce soir ?, qui raillait les dérives de la télé-réalité,
Elton s’en prend cette fois à l’influence
de la presse et à la démagogie des politiques.
Découpé à la façon d’un
scénario, Nuit grave fait la part belle aux dialogues
et aux rebondissements permanents, à la manière
d’un feuilleton haletant cultivant un suspense insoutenable
de saison en saison.
Au centre du récit, il y a Peter Padget, un obscur
député anglais, qui propose de voter une loi
légalisant la totalité des drogues afin d’enrayer
le trafic et la délinquance. Tommy Hanson, rock star
issue de la télé réalité, baiseur
insatiable et toxico de première, soutient son combat.
Erigé en héros par les médias, admiré
par le public, soutenu par le premier ministre, Padget va
finir par se prendre au jeu de la célébrité,
et changer radicalement d’existence.
Très drôle, Ben Elton n’a pas son pareil
pour croquer le milieu people et pourfendre les caprices de
star, le tout dans un style extrêmement vivant. Cet
humour grinçant lui permet de dénoncer la prostitution,
la soif de pouvoir, les flics ripoux ou la toxicomanie, dans
un habile chassé-croisé entre une dizaine de
personnages. Même s’il n’évite pas
quelques clichés, ce roman se lit à toute vitesse
et s’avère bien moins léger qu’il
n’en a l’air.
par David Desvérité
Ben Elton, Nuit grave (High society,
traduit de l’anglais par Christiane Ellis),
Belfond, 2006, 411 pages, 20,50 €
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