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Madonna revient à ses sources, le disco et le dance
floor, pour offrir à ses fans de la première
heure le plus beau des cadeaux, un album 100 % dance, véritable
synthèse d’une carrière, parfumé
de nostalgie et diablement puissant.
Après l’insuccès relatif d’American
life (bide notoire aux States mais succès conséquent
chez nous) qui l’avait conduite aux frontières
de la pop folk acoustique, la madone réclame sa revanche.
Elle a rangé ses joggings Adidas, sa guitare sèche
et son discours anti-Bush pour revêtir la peau d’une
diva des clubs. Ce qu’elle a été pendant
très longtemps. Rajeunie avec son look à la
Farrah Fawcett, elle retrouve enfin le plancher des discothèques,
délaissé pour les centres kabbalistiques, les
couches et les manoirs bourgeois britanniques, à l’occasion
d’un album savoureux qui brasse toutes les plus grandes
tendances dance des années 70 et 80, d’Abba à
Moroder en passant par... Madonna herself ! Il est en effet
impossible, en découvrant Confessions on a dance floor,
de ne pas penser à son premier album éponyme,
l’un des meilleurs dans son genre, qui allait l’imposer
en 1983 comme l’une des grandes figures de la scène
new-yorkaise. Elle était si jeune et si rebelle à
l’époque... Son goût inné pour la
provocation, à la fois naïf, spontané et
calculé, était alors le reflet d’une décennie
où le show business, "MTvisé", connaissait
une croissance sans précédent et où tous
les excès permettaient de s’attirer l’attention
internationale. Tout était alors possible pour elle.
On en est revenu, et Madonna, qui a trouvé son rayon
de soleil dans la maternité et la spiritualité,
s’est depuis métamorphosée en icône
intouchable, enlisée dans le luxe et les contraintes
boursières qui lui sont imposées par sa maison
de disques et ses actionnaires. Elle s’est quelque peu
détachée de ses fans et, de manière très
professionnelle, s’est résignée à
changer de look et de style à chaque album pour satisfaire
les besoins d’un marché toujours en évolution,
et ainsi correspondre à ce mythe selon lequel, polymorphe,
elle changerait d’apparence comme de chemise. Il existerait
donc plusieurs Madonna, mais raisonner ainsi serait faire
insulte à l’intelligence de la star qui n’est
pas aussi inconstante qu’on aimerait bien nous le faire
croire. En parfaite femme d’affaire gérant sa
carrière avec une réflexion quasi scientifique,
elle investit chaque nouveau look peu avant chaque sortie
de nouvel album, pour ne pas lasser ses fidèles.
Aussi, la revoir en accroc de la "Saturday night disco"
peut laisser dubitatif un instant quand on sait à quel
point sa vie remplie de mère et de businesswoman lui
laisse peu de place pour des virées nocturnes en ces
lieux. Pourtant cet énième revirement musical
est le plus légitime de tous, le plus excitant et le
plus jubilatoire également. Peu crédible dans
le rap (le couplet rappé d’American life), la
R’n’B (Human nature), le rock (Candy perfume girl)
ou la ballade acoustique (X-static process), elle se réapproprie
aujourd’hui un genre musical qui lui a apporté
la gloire et qui lui sied à merveille, la disco. Imaginez,
Madonna qui a connu quelques-uns de ses plus grands hits grâce
à la dance (Vogue, Holiday, Express yourself, Ray of
light, Music), consacre un album entier à ses premières
amours, avec douze titres enchaînés comme à
la grande époque de son album remix You can dance (1987),
douze morceaux absolument tubesques qui ont pour la plupart
le potentiel d’un single (Warner ravi de l’accueil
du dernier opus de la madone compte en sortir cinq !).
Pierre angulaire de ses Confessions, Hung up a conquis la
planète entière grâce à son incroyable
efficacité, parvenant sans mal à nous faire
oublier ses origines suédoises (Abba !) et publicitaires
(ne l’a-t-elle pas écrite pour la pub pour les
téléphones Motorola), mais il ne s’agit
que d’une perle parmi tant d’autres. Future lovers,
l’hommage au I feel love de Donna Summer, I love New
York dans lequel elle loue la plus cosmopolite des villes
américaines au détriment de Londres et Paris
(et comme elle a raison !), Jump et sa mélodie que
l’on croirait issue d’Immaculate collection, le
premier best of de Madonna, sont de véritables bijoux,
en plus d’être des machines puissantes conçues
pour nous extirper de nos sièges ! Isaac qui mélange
chants hébraïques et musique orientale est une
curiosité qui nous rappelle le Shanti ashtangi de Ray
of light, mais en mieux... Get together, annoncé comme
le deuxième single, est un titre atmosphérique
qui n’est pas sans rappeler le tube de Stardust, Music
sounds better with you, en moins funk. Mention spéciale
pour Sorry et Forbidden love, dont l’extrême sensibilité
en fait deux purs joyaux.
En résumé, Confessions on a dance floor n’a
rien du timide chuchotement au creux de l’oreille, c’est
la sérénité et la joie de vivre portées
au pinacle à travers un haut-parleur. Une pure bombe
pour les clubbeurs néophytes et les pros de la scène
de la nuit, l’un des plus beaux hommages aux rythmes
synthétiques des années 70 et 80, un véritable
condensé de nostalgie remarquablement ouvert sur l’avenir
musical avec des sons électroniques pointus (la production
de Stuart Price des Rythmes digitales, principal compositeur
sur cet album, est miraculeuse). La reine de la pop restaure
sa suprématie sur la génération qui monte
(allez Britney, au placard !) et démontre à
ceux qui l’avaient enterrée un peu trop vite
que quarante-sept ans, c’est un bel âge pour une
résurrection artistique.
par Frédéric Mignard
Confessions on a dance floor -
Madonna (Warner Music) |