| A première vue, ceux qui aiment
Thomas Gunzig risquent de crier au scandale. Mais où
est passée la folie douce de leur auteur de prédilection
? Vers quels cieux se sont envolés les personnages
improbables de Gunzig, ceux que leur petit grain légendaire
rend si authentiques et tordants ? A la lecture de Kuru, on
sent que l’écrivain s’est astreint à
une discipline de fer pour ne pas déborder d’un
cadre soigneusement délimité, qu’il a
lutté pour ne pas céder aux sirènes de
la sortie de route. Résultat, ce roman est empreint
d’une sagesse formelle de laquelle rien ne dépasse.
S’agit-il, selon la formule consacrée, du roman
de la maturité ? Peut-être bien...
Voici l’histoire de plusieurs trentenaires (ou presque)
qui se cherchent. Fred, éternel étudiant vivant
aux crochets de son père, est amoureux de sa cousine
Katerine, mariée à un type plein aux as (mais
aussi éjaculateur précoce, l’argent ne
fait pas le bonheur !). Pierre et Kristine sont des amis proche
de Fred, militants altermondialistes, décidés
à en découdre pour se faire entendre. Gravite
également autour de ce beau monde un certain Pierre,
clone improbable fait de bric et de broc, enfant d’expériences
scientifiques ratées. Entre réunions politiques
pour les uns et séjours en hôtels de luxe pour
les autres, cette ribambelle de personnages finira par se
retrouver à Berlin, lors d’une réunion
du G8.
Et le style alerte de Gunzig file à une vitesse supersonique,
emportant tout sur son passage, comme un train lancé
sur des rails montés sur ressorts. Gunzig maîtrise
parfaitement son torrent verbal, tantôt écume
bouillante, tantôt cours tranquille. On rit, on vibre,
on s’apitoie et on frissonne. Alors oui, assurément,
la structure de ce récit est extrêmement travaillée,
mais elle rend encore plus brillante cette prose décapante.
Le deuxième roman de cet adepte de la nouvelle s’était
fait attendre mais Kuru confirme bel et bien que Gunzig est
à l’aise dans tous les registres.
par David Desvérité
Kuru - Thomas Gunzig, Au Diable
Vauvert, 2005, 272 pages, 19 €
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