| Soyons francs, la production littéraire
de la Suède nous est assez peu familière. À
l’exception d’August Strindberg, prodigieux écrivain
du siècle dernier, du chef-d’œuvre de la
littérature enfantine Le merveilleux voyage
de Nils Holgersson à travers la Suède ou
de Henning Mankell pour les amateurs de polars contemporains,
on ne sait pas grand-chose de ce qui s’écrit
chez nos voisins du Nord. Et à la lecture du premier
roman de Mikael Niemi, Le goût du baiser d’un
garçon, on ne peut que le regretter.
À bien y regarder, la vie d’un adolescent suédois
dans les années 60 ressemble fort à celle d’un
gamin de Paris. Enfin presque... Matti, le héros de
cette singulière histoire, découvre Elvis et
les Beatles, les premières cuites, les filles et l’amitié
sincère : une jeunesse banale finalement sauf qu’elle
se déroule dans un trou perdu à la frontière
finlandaise. Le climat particulièrement rude aurait-il
des effets méconnus ? Toujours est-il que les personnages
évoluent dans un monde qui peut nous paraître
étrange où se déroulent des concours
de résistance au sauna et où les jeunes chassent
les rats comme job d’été. Et encore, ces
exemples sont bien réducteurs, tant l’univers
de Mikael Niemi est azimuté : l’absurde y règne
en maître,
les situations loufoques s’enchaînent et les habitants
de Pajala sont tout plus farfelus les uns que les autres.
Grâce à l’association d’un incontestable
sens de l’humour et d’une imagination prolifique,
Le goût du baiser d’un garçon
fait travailler nos zygomatiques pendant trois cents pages
: un bonheur !
par Jennifer Homère
Mikael Niemi, Le goût du baiser d’un
garçon (Populärmusik fran Vittula, traduit du
suédois par Marc de Gouvenain et Lena Grumbach), Actes
Sud, 2004, 301 pages, 22,50 €
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