| Après Love my life, Sweet loving
baby et Indigo blue, Asuka poursuit avec Free soul la publication
des œuvres d’Ebine Yamaji, s’attachant ainsi
à un auteur
qui le mérite bien, ne serait-ce que par l’aspect
le plus évident, à savoir la thématique
commune de l’homosexualité. Les mangas d’Ebine
Yamaji parus
à ce jour en Fance sont en effet tous des yuris ; ils
traitent donc d’homosexualité féminine.
Mais outre les qualités et défauts propres à
chaque ouvrage pris indépendamment, c’est bien
la lecture de tous qui est intéressante. Là
où on pourrait d’abord s’attendre à
une répétition menant rapidement le lecteur
à saturation, on a en fait un enrichissement : chacun
de ces albums développe une espèce de variation
sur le thème de l’homosexualité, l’aborde,
le traite un peu différemment, et l’ensemble
brosse un portrait nettement plus nuancé, plus riche
en questionnement, que la simple somme de ses parties. La
notion d’œuvre prend ici tout son sens, sublimant
celle d’ouvrages.
Free soul, quatrième pierre de cet édifice,
se révèle à lui seul très riche.
Une ou deux relectures seront d’ailleurs sans doute
nécessaires pour l’apprécier à
sa juste valeur. Love my life souffrait quelque peu de la
naïveté de son personnage principal, Indigo blue
avait un traitement complexe et un peu intellectualisant.
Free soul bénéficie non seulement du meilleur
de ces albums, mais en plus d’un meilleur équilibre.
Très touffu derrière un graphisme superbement
simple et dépouillé, l’homosexualité
n’est pas vraiment son thème majeur. Certes présent,
il (ne) s’agit (que) d’un thème parmi d’autres.
On y trouvera aussi un intéressant lien avec la création
sous forme d’une mise en abyme assez saisissante, entre
Keito, l’héroïne d’Ebine Yamaji, et
Angie, l’héroïne de Keito. L’une semble
plus réelle que l’autre, et pourtant ! Angie
découle de Keito comme Keito de l’auteur. Le
récit du processus de création est ainsi raconté
de manière à la fois proche du lecteur à
travers la fiction, et distancié en tant qu’autofiction,
forçant l’attention et la réflexion du
lecteur.
Moins magistraux que ceux de Blue la ligne claire de l’auteur
et le dépouillement du graphisme touchent cependant,
et mettent en valeur l’essentiel : les personnages et
leurs sentiments. Car si l’homosexualité est
l’élément qu’on repère le
plus rapidement, il n’est pas le plus important. Entre
liberté et dépendance, amour et butinage, c’est
bien toute la complexité des sentiments amoureux qui
est explorée.
par Patrick Renaud
210 pages, 9 €
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