| Exposant le quotidien, au sens strict du
terme, de l’auteur durant son séjour de trois
années en prison, cette œuvre se révèle
assez fascinante. Le souci du réalisme et du détail
- parfois assez incongru quoique pertinent dans le sujet,
comme l’utilisation des toilettes - est en effet très
poussé, et le ton utilisé est en outre bien
particulier. A l’inverse des images violentes que n’importe
quel film du genre ne manquera pas d’évoquer,
le quotidien de cette prison japonaise semble fait d’un
calme cotonneux rendant lointain
et irréel le monde extérieur. Comme le laisse
souvent entendre Hanawa, la prison est aussi une sorte de
cocon où l’on finit par se trouver bien, à
l’abri des tracasseries... pour autant que l’on
respecte les règles extrêmement strictes du lieu.
Rangement des objets, manière de s’adresser aux
gardiens, façon de marcher dans le couloir, tenue vestimentaire,
tout, jusqu’au moindre détail, est réglementé.
Cela en devient obsessionnel pour les détenus, contraints
d’intégrer ces règles strictes. Dans ce
quotidien quasi intemporel, ce sont les repas qui rythment
le temps qui passe. Très variés, abondants et
de bonne qualité, ils sont décrits souvent en
grand détail. Dans cet univers, tout semble paisible,
dépassionné. Pourtant l’auteur glisse
dans son récit de nombreuses connotations : humour,
ironie, critique. Discrètes, mais donnant à
ce met une saveur remarquable. Si la peine de prison semble
pleinement assumée, si les détenus s’entendent
plutôt bien entre eux et que tous semblent collaborer
pour que leur séjour
se déroule le mieux possible, tout cela a cependant
un côté quelque peu enfantin, comme des gosses
qui essaieraient de bien se tenir, craignant
de se faire gronder.
Le dessin de Hanawa est lui aussi remarquable. Il préfère
d’abondantes hachures à l’utilisation des
trames, les décors sont souvent fouillés, réalistes
et précis. Le dessin se fait légèrement
caricatural pour les personnages et les visages. On trouve
aussi des intégrations de figures de styles illustrant
très bien le propos (fermeture éclair à
la place de la bouche, personnage prenant la forme d’une
pyramide, etc.). Rien de bien spectaculaire en somme, mais
précision, expressivité, personnalité
et inventivité occasionnelle à bon escient lui
confèrent une grande efficacité.
Témoignage très intéressant et résolument
original quant à sa forme et
sa nature, Dans la prison pose une foule de questions non
seulement sur cette vie carcérale, mais également
à travers elle sur notre société et son
fonctionnement. D’une lecture très riche derrière
sa sobriété apparente, cette œuvre pour
l’instant unique en son genre mérite sans aucun
doute
une lecture approfondie.
Ceux pour qui l’objet compte ne seront pas déçus
non plus. Superbe couverture agréable au toucher, dos
relativement résistant et papier
très épais en font un bel album. Ego Comme X
a décidé de soigner la présentation autant
que ses choix éditoriaux et on ne peut que s’en
réjouir... Seul le prix pourra faire tiquer.
par Patrick Renaud
Ego comme X, 2005, 240 pages N&B,
25 € |